… Comment commencer….
10 jours déjà que je suis à Paoua…
En Centrafrique…
Ce n’est plus une première mission, beaucoup de choses me sont familières ici. Difficile de ne pas comparer tout ce que j’entraperçois ici à Kitengé, au Congo. Le contexte , la configuration du projet, de l’activité sont similaires. Je retrouve l’Afrique. Je retrouve une ville coupée du reste du pays par des « évènements ». Je retrouve des bruits, des couleurs, des odeurs. Je retrouve la chaleur. Je retrouve un service de pédiatrie, les enfants déshydratés, les paludismes, les anémies, les malnutris, les mamans inquiètent, les difficultés de travailler avec un traducteur. Je retrouve les difficultés diagnostiques, sans examens complémentaires, mais aussi le plaisir des sourires échangés, avec les mamans, avec les enfants, le plaisir de voir une petite fille se réveiller enfin de son neuro palu. Je retrouve les dossiers MSF, les protocoles MSF, les réunions, les problèmes de communication entre la coordination et l’équipe de terrain, les difficultés de la vie en « communauté », la joie des latrines, et des douches au seau d’eau sous le ciel étoilé. Je retrouve ce ciel africain, « plus grand » qu’ailleurs comme disait un log au Congo…
Voilà, c’est l’Afrique !
Je suis loin de ces élections qui doivent occuper toutes les conversations chez vous, bien que les centrafricains s’y intéressent grandement, en tout cas certains d’entre eux.
Mais je suis encore en phase de découverte : la mission, le projet, les objectifs, l’équipe, quel est mon rôle, où est ma place ? Rien n’est très clair dans ma tête jusqu’ici, ce qui rend cette lettre encore plus difficile à écrire.
Essayons d’organiser un peu tout ça :
Chronologiquement :
Arrivée à Bangui, la capitale jeudi 12 au matin,
Accueillie par l’administrateur de la coordination, Philippe, qui me fait visiter la ville.
Voilà donc Bangui… c’est une capitale ?!? Quelques bâtiments autour de quelques axes, un énorme stade construit par la chine, un ancien Sofitel en ruine sur les bords de l’Oubangui (le fleuve qui marque ici la frontière avec la RDC). Plein d’organismes internationaux dans leurs 4x4 sillonnent la ville, les agences onusiennes, des ONG, les militaires français…
Drôle d’ambiance, premières impressions confuses sur ce pays qui semble bien désorganisé.
Le lendemain matin départ pour Paoua avec avion du PAM (Programme Alimentaire Mondial). En allant à l’aéroport, on croise, ou plutôt on laisse passer, le convoi présidentiel. Sirènes hurlantes, une dizaine de 4x4 arrivent à vive allure, parmi eux des pick-up avec sur la plateforme arrière des militaires et leur mitraillette (ou je ne sais quoi d’assez impressionnant - je n’ai pas ce vocabulaire- sur pied qui doit faire des dégâts quand ils s’en servent…) Dans un de ces véhicules Bozizé est assis, craignant d’être renversé d’un jour à l’autre, comme il a renversé Patassé en 2003. Il a toujours le soutien « logistique » de la France, qui le protège des attaques des rebelles du nord, mais pour combien de temps ?
Des bruits de coup d’état imminent courent dans la ville depuis le début 2006. Pour l’instant tout est pourtant calme à Bangui.
Puis vol pour Paoua,
Je dors un peu dans l’avion qui survole la RCA, mais me réveille à temps pour faire des photos aériennes de cette ville où je m’apprête à vivre quelques mois. De là haut ça ressemble déjà à Kitengé, avec peut être un peu plus de toits en tôles, et moins de toits en paille, des habitations plus dispersées…
Vendredi 13/04, 11h, j’arrive à Paoua.
Pas de horde d’enfants et de curieux pour m’accueillir ici au bord de la piste, comme ce fut le cas il y a 3 ans à Kitengé. La localisation de la piste d’atterrissage à côté de la base militaire de Paoua y est peut être pour quelque chose. Ou alors l’arrivée d’un avion à Paoua ne représente pas le même évènement pour la population qu’à Kitengé.
Découverte de l’équipe : accueil pas très chaleureux.
La RT en vacances est actuellement remplacée par le chef de mission.
La jeune Log 1ère mission n’est là que depuis quelques semaines.
Les autres sont sur l’hôpital.
Je dépose mes affaires dans une chambre qui ressemble à un placard et rejoins mon prédécesseur à l’hôpital pour d’abord le rencontrer et commencer la « passation ».
Dr N, malgache, est très souriant, très sympathique avec moi, mais n’a qu’une seule envie, me remettre les clés de tout ça et partir en courant. Il s’est apparemment fait remonter les bretelles par la responsable programme de Paris, pas plus tard que la semaine précédente, à l’occasion de sa « visite terrain ». Effectivement, il ne semble pas très bien organisé, la passation est un peu brouillon, et on sent qu’il n’a pas de goût pour les aspects administratifs, organisationnels et de supervision de la mission qui lui avait été confiée. Il a passé son temps en pédiatrie, comme clinicien. Il s’entend très bien avec les 4 médecins centrafricains, mais la coordination lui reproche de ne pas avoir plus « encadré » ces médecins. Lui, il reproche à la coordination de ne pas lui avoir laisser de place, il dit que ses propositions ont toujours été rejetées et que la responsable terrain (RT) également médecin, travaille seule.
Je sens ici que si je continue à faire une lettre aussi détaillée, j’en ai pour toute la journée et qu’aucun d’entre vous n’aura le courage de la lire jusqu’au bout !
En résumé : l’entente dans l’équipe à mon arrivée est loin d’être parfaite.
En effet, la RT est un sacré personnage, médecin généraliste et urgentiste, c’est sa 4ème mission avec MSF, elle est speed, a des poils au menton et les cheveux oranges. Elle considère que l’équipe ne doit pas être au courant de tout, et semble avoir du mal à faire confiance à ses collaborateurs. Grosse frustration des infirmières, qui se sentent à l’écart des décisions, qui n’arrivaient pas à communiquer et donc à travailler avec le médecin expat (le Dr N). Tout le monde travaille un peu dans son coin. Grosse pression de la coordo sur les objectifs à remplir. Et impression générale de la part de l’équipe que le staff national est incompétent, pas intéressé, tire au flanc et j’en passe. Le courant équipe expat –équipe nationale ne passe pas.
Je me rends compte que je vous décris une situation un peu catastrophe, mais c’est ce qui ressort des conversations. Mon constat est tout autre. Peut être un petit peu trop optimiste, je suis ravie des premiers contacts avec les médecins centrafricains, qui ont l’air très compétents. Je trouve les équipes d’infirmiers très sympas. On sent que les compétences des infirmiers, la régularité, le sérieux dans le travail ne sont pas parfaits, mais l’ambiance générale de l’équipe me semble y être pour quelque chose, et une ambiance ça évolue. D’autant que les deux infirmières expats sont très sympa, motivées (bien qu’un peu perdues, parfois découragées).
Il y a plein de chose à faire sur l’hôpital, le travail de Sebastian (le médecin référent qu’a remplacé Dr N) a été interrompu mais les protocoles qu’il a mis en place sont toujours là. Dans plein de domaines il faut les compléter.
Voilà
Très difficile pour moi de vous transmettre mon état d’esprit aujourd’hui ou de vous expliquer Paoua, car je ne comprends toujours pas grand-chose, mais ce qui est sur c’est qu’en ce début de mission le challenge me semble intéressant. L’équipe pleine de potentiel, et la situation passionnante.
Je vous dirai dans quelques semaines si j’étais trop optimiste.
Mais jusqu’ici tout va bien. J’ai conscience qu’on ne va pas tout révolutionner en 5 minutes, mais le travail déjà accompli est chouette. Et je commence à me sentir bien dans l’équipe.
Voilà,
Ce n’est pas parce que je n’ai pas écrit plus tôt que je ne pense pas à vous tous !
J’ai des nouvelles très régulières de Fabrice qui après quelques jours à Kampala (Ouganda) est enfin arrivé mardi dans son coin paumé du Kenya, qui selon lui est magnifique !
Bon vote aujourd’hui aux français !
A très bientôt !
Des Bisous à tous !!
Clotilde.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
3 commentaires:
Coucou Cloclette!!!!
Mon dieu, j'ai l'impression de me retrouver ds ton mail!!Et je dois dire (sorrry) mais ca fait aussi du bien que meme chez MSF tt n'est pas rose, et que il y a bcp de difficultes, car ici, je me sentais un peu seule et sans reperes face a tte cette pression!!!Du coup, voila, je peux me soulager en me disant que c'est la realite de terrain, ici ou ailleurs, MSF ou AMI ou MDM... En tout cas je suis de tt coeur avec toi!!!Profite a fond de ta mission!!Laisse l'Afrique avec ses odeurs, ses couleurs et j'en passe,t'emporter tres loin!!
Gros bec Babeth qui pense fort a toi!!!!
Vous êtes tous et toutes formidables!! Bon courage camarades et profitez aussi un petit peu, faut aussi penser à vous car charité bien ordonnée commence par soi-même, comme disait l'autre. Une chimay au premier qui me bidouille un projet qui fonctionne tout seul... d'accord c'est pas cher payé ma c'est bon quand même.
Did
Coucou !
Mais, si, j'ai lu jusqu'au bout...
Tu écris avec un style caméra au point !
L'Afrique avec MSF : des desillusions, des difficultés, mais aussi des instants magiques et un melting pot de cultures fascinantes...
Donc : Karibuni sana et Hakuna matata !
Bisous,
K.
Enregistrer un commentaire