Salut big Gang mondiale,
Une fois de plus grâce au fidèle (pas Castro) Thomas, je parviens à glisser entre deux étoiles un petit message satellitaire pour vous donner quelques nouvelles de la vallée du Rift..
Me voilà donc enfin plongé en grandeur nature dans le pays des Pokots, peuple incroyable, fier et guerrier, beau et sombre, très à part, loin de tout et du monde des villes, dont la seule richesse est en général un bâton et une petite chaise en bois qui fait aussi coussin. Et les vaches, bien sûr, sujettes à de constants raids entre Turkanas, Pokots, Karamojos et Baringos. Tout un monde.. Pour épouser une femme Pokot, il faut fournir entre 10 et 100 vaches. Heureusement que Clo n'est pas une Pokot, mais je sais par contre pas où je vais trouver 100 girafes, mais ça c'est une autre histoire..
MSF donc. Didouille, j'ai bien pensé à toi (et Sylvaine aussi, aller, même si ça t'intéressait pas trop!) en découvrant l'incroyable installation wat-san, pompage à six mètres sous la rivière, bassin de décantation chimique de 30'000 litres, booster pour remonter tout ça de 8 mètres et sur 2.4 km et clorination dans une vessie de 15'000 avec réserve dans une 5000, rampe de six robinets pour la communauté et environ 20litres/jour/patient pour notre centre Kala-Azar. Tout ça existe donc en vrai!!
Chez nous ils font bouillir l'eau traitée, puis ils la filtrent! Un vrai cauchemar pour un E.coli! Du coup ben nous on va plutôt bien.
En ce moment le centre accueille 70 patients sous 9 tentes et nous procédons donc à 70 injections de Pentostam (sodium stibogluconate) par jour! La miltéfosine n'est pas utilisée, la seconde ligne est assurée par la Fungizone (amphoB) (mais pas l'AmBisome.. ) et nous attendons la reconnaissance du Glucantime (meglumine antimoniate) ou du SSG (générique du Pentostam) par le gouvernement kenyan, via lobbying intensif auprès du MoH. La rupture de stock nous guette sans cesse et c'est pas simple à gérer. L'OMS n'a pas donné son label de qualité à l'usine indienne qui produit le SSG, donc ça coince un peu. MSF étant le principal acheteur de SSG, tout est mis en oeuvre pour updater l'usine indienne, à suivre!
Notre structure est pseudo-intégrée à un centre de santé qui applique une définition de cas simple, procède au test rapide et nous adresse alors les patients pour prise en charge. Contrairement au Soudan, Ouganda ou Congo (autour de nous), nous avons un partenaire MoH clairement identifié et présent sur le terrain et le jonglage aide active/non-substitution entraîne toutes sortes de difficultés. Il faut essayer de garder un oeil santé-publique tout en palpant plein de rates et c'est un exercice post-anversois fort intéressant. Heureux en tous les cas d'avoir passé par l'IMT, impression de capter un peu plus, du coup.
Et puis il faut apprendre aussi à gérer une petite équipe dont je suis sensé être le chef (ici on ne dit pas délégué, je sais pas pourquoi!!), mais ça se passe plutôt bien puisqu'on a tous sensiblement le même âge.
Je vis avec deux expats, un éthiopien et un burundais, ce qui fait de moi le seul mzungu loin à la ronde.. Il n'y pas grand chose à faire à Kacheliba à part regarder ce ciel immense qui tombe jusque par terre.. Alors on regarde le ciel, on laisse du temps au temps et on apprend cette vie-là jusque tout au fond de soi-même, drôle de miroir de ses propres craintes, de ses doutes, et tout semble résonner un peu plus fort.. Le coin est magnifique, au pied d'un immense rocher (dont je ne parviens pas à atteindre le sommet et ça m'énerve!) en forme de tortue. Savane arborée, qui verdoie sous les pluies plutôt rares, de l'ordre de 30 à 35 degrés en moyenne, pas froid la nuit, mais vivable. Au loin la montagne des Elgon, le mont Khadam et toutes sortes de cônes surgis d'on ne sait où..
Les projets sont nombreux, de la décentralisation des tests rapides à la réponse à une épidémie de choléra dont on ne sait encore que peu de choses si ce n'est que 9 à 18 personnes sont décédées dans de lointains villages où notre sécurité n'est pas encore assurée. Nous aurons de quoi faire, c'est sûr. Le journal de ce jour nous apprend qu'un Kenyan sur deux vit avec moins d'1 dollar/jour et ici l'argent n'existe presque pas. On essaie de se sentir utile en traitant les gens gratuitement mais je sais qu'on ne ferait pas plaisir à JP..
Voilà, je fais peu à peu ma toute petite place dans ce projet, humblement je crois, j'espère. Je ne vais sans doute pas sauver des dizaines de vies mais cet apprentissage est un vrai cadeau et pas un instant je ne regrette d'avoir fait le choix de venir là, maintenant. Il est vrai que la vie loin de Clo c'est pas toujours très drôle, mais on parvient à bien communiquer, from Paoua to Kacheliba. Cette douce jeune fille vous salue d'ailleurs sûrement et va bien depuis les dernières nouvelles de RCA publiées dans cette même gazette!
Merci pour les niouses de vos mondes à vous, c'est vraiment que du bonheur de vous lire! Prenez soin de vous, restez unis, portez haut les couleurs de l'IMT et keep in touch! Et j'espère que tous nos bébés eux-aussi "se portent" bien..
Des tas de bizes form West Pokot District
Fab
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