Houlàlà, ça fait longtemps que je n'ai plus écrit sur ce blog, moi. Pas de nouvelles, bonne nouvelle, dit-on, mais pas de nouvelles quand même.
Le temps est donc venu pour moi de vous conter quelque peu ma vie kabouli depuis le dernier petit message (qui date de fin juillet, honte sur moi).
NB: si vous avez reçu le mail collectif (ce qui n'est apparemment pas le cas pour tout le monde; vive l'informatique!), vous trouverez sans doute que ce petit mot y ressemble drôlement. Désolé. Mais il y a des photos en plus!!!!
Depuis fin juillet, il y a eu pas mal de changements dans notre équipe AMI: Juliette est rentrée en France pour se (re)faire la plume avant de revenir (?, mais on espère), Guillaume est parti draguer les minettes et/ou reprendre ses études, je sais plus et Karine repart samedi. En échange, de petits nouveaux sont arrivés: Aissata, la pharmacienne; Malou, la rédactrice experte es-rapports finaux; Oriana, la meneuse d'enquête de santé; Alex, le logisticien prétendant à la nationalité belge (qui a des chances, grâce à son affinité pour la vraie bière, l'auto-dérision et les blagues douteuses);Sandrine, la pédiatre coordo-med; Paul, le Salamati boy qui remplace donc Ju; et dernièrement, Annabel qui revient pour remplacer Karine à Samangan. Que des gens biens!

Dans la série nouveautés, précisons qu'on a déménagé la guest-house aussi, à 500m de la précédente, parce que le proprio voulait reprendre sa maison (pour en tirer un meilleur loyer, sans doute), mais ça tombait bien parce que, si vous faites le compte, il y a eu plus d'arrivées que de départs récemment et la guest house précédente devenait un peu juste.
Ci-contre, une photo de l'ancienne guest, in memoriam (photos de la nouvelle coming soon, je le jure):
Et puis, je suis un peu rentré en Belgique une dizaine de jours, ce qui fut bien trop court pour revoir tout le monde, mais m'a fait le plus grand bien. Je m'arrête tout de suite dans mes histoires de break; je vais quand même pas vous raconter ce qui se passe en Belgique...

Juste pour le plaisir, cette photo d'un souper "anciens" d'Anvers et futurs (???) d'Anvers. Du bonheur!!!
Quand je suis rentré, le Ramadan –Ramazan en dari- a commencé. Ne comprenez pas par là qu'ils m'ont attendu pour commencer le Ramadan, c'est la lune qui décide. Donc, une fois que la lune s'est reflétée au bon endroit sur le lac Machinbrol, tout le monde s'est arrêté de manger entre 4h du mat' et 6h du soir. Tout le monde? Non, car une poignée d'irréductibles expats continuait à dîner paisiblement… ce qui nous a valu une pincée de cynisme de la part de certains de nos collègues. Ben oui, dans l'Islam, il est bien spécifié que ceux qui ne peuvent pas faire le jeûne (enfants, malades, femmes enceintes, nous) doivent se faire les plus discrets possibles. Alors, quand on prend la voiture pour aller manger à 12h30, pas moyen de passer inaperçus… Pas évident!
Le Ramadan, c'est donc un peu une mise à l'épreuve de la tolérance de chacun vis-à-vis de la culture de l'autre: les Afghans sont irritables parce qu'ils ont faim et irrités parce que les expats ne le font pas. Les expats sont irritables parce que les Afghans sont hypoglycémiques et mettent du temps à réagir et irrités parce que toutes les activités sont au ralenti. Heureusement, mes petits gars à moi sont des coeurs et ont continué à faire leur boulot plus ou moins correctement. Et puis, pour arrondir les angles, et pour pouvoir travailler un peu plus avec eux, j'allais dîner plus tard, à 14h30, quand ils quittaient le bureau.
Toujours est-il que j'ai été obligé de postposer toutes les formations que j'avais planifiées... Enfin, tout s'est bien passé, dans l'ensemble, et puis ça s'est terminé en beauté par 3 jours de congé pour les fêtes de l'Eid, et puis on s'y est remis!
Pendant le Ramadan, j'ai été faire une semaine de terrain dans l'Est du pays (provinces de Laghman et Kunar). C'est un peu plus strict encore qu'à Kabul, du point de vue sécurité, parce qu'il y a quelques poches de Talibans, mais c'est encore supportable. Sans doute la beauté des paysages m'a-t-elle aidé à rester optimiste, mais à part les soldats américains, je n'ai vu personne de dangereux. Ca va vous paraître débile, mais c'est en présence de soldats que je me sens le moins en sécurité. Peut-être parce qu'ils rappellent que le pays n'est pas encore en paix, mais surtout parce que ce sont eux les cibles des attaques terroristes et pas nous!!! Rajoutez à cela d'affreuses peintures de têtes de morts sur les blindés qui n'alimentent pas le capital sympathie des bidasses, et un contrôle par un soldat plein comme un boudin à 9h du matin à l'aéroport de Jalalabad, et vous comprendrez que, si les soldats sont là pour apporter la paix, au quotidien, on s'en passe… (Nico D., ce message ne t'es pas adressé!)
J'ai pas énormément de photos à vous proposer, vu que j'ai été victime d'un accident informatique qui a fait que j'ai perdu mes photos. Vive l'argentique, je vous jure!! Rien que pour vous le prouver, ci-dessous qques photos argentiques du début de mon séjour, en vrac, sans les retravailler.






A part ça, la visite de terrain s'est super bien passée. Comme c'était le Ramadan et que j'étais en permanence avec mes collègues afghans, j'ai bien été obligé de jeûner et, à mon grand étonnement, j'ai survécu malgré quelques protestations stomacales. Vous connaissez mon appétit et pardonnerez mon tube digestif qui est habitué à plus de satiété. Le nouveau superviseur de labo qu'on a embauché pour le Laghman se débrouille comme un chef et, si tout n'est pas parfait –loin de là-, les affaires tournent dans les labos. Mon collègue, le Dr Malyar, était tout content de retrouver sa famille et moi, j'étais tout content de sortir de Kabul. Les paysages sont splendides, alternant zones désertiques et vertes vallées, mais toujours montagneux. C'est comme ça, en Afghanistan, où que vous tourniez la tête, il y a toujours une montagne sur la ligne d'horizon. Toujours.
Pas mal de cailloux, aussi. Le caillou est la ressource naturelle la plus importante de l'Afghanistan. Il en pousse partout, et en grande quantité. Plusieurs ethnologues s'accordent pour dire que l'Afghan maîtrise la culture du caillou depuis plusieurs millénaires –il paraît qu'on a retrouvé des cailloux avec des signes de domestication datant du néolithique dans les grottes du Panshir. Cette symbiose avec le caillou, à l'origine activité traditionnelle et empreinte de mysticisme, est en plein développement économique à travers tout le pays.
Au Nord, l'industrie cailloulurgique est en plein essor et dans le Sud, l'agricailloulture en expansion logarithmique. Il ne fait aucun doute que dans quelques années, on trouvera des matériaux labellisés "Caillou afghan" dans nos charpentes, des produits dérivés du caillou dans nos ordinateurs et des extraits de caillou dans nos assiettes.
Sur cette photo, vous pouvez voir que l'Afghanistan n'hésite pas à mettre en oeuvre les moyens technologiques les plus puissants (ici, le téléphone cellulaire, ou "gsm" ou "portable" ou "natel", selon votre francophonie préférée) pour dynamiser le marché du caillou.Sans déconner, l'Afghanistan a un potentiel économique incroyable. Si les pays voisins arrêtaient un peu de se faire la guerre par procuration ici, probablement les Afghans rivaliseraient-ils, à leur échelle, avec des puissances économiques comme l'Inde. Ce sont des malins, des travailleurs, des costauds, mais 25 ans de guerre ont tout détruit. Les mentalités de nombreux dirigeants sont belliqueuses et la culture tribale favorise les structures de pouvoir autocratiques et moyenâgeuses. Il y a une structure gouvernementale présente, mais la corruption fait rage dans toutes les strates de l'administration. Les terres sont assez riches pour nourrir le pays et même plus, mais mal irriguées ou utilisées pour la culture du pavot. Les enfants sont futés, mais leurs parents ont été insuffisamment éduqués. Les femmes ne peuvent pas laisser s'exprimer leur potentiel d'intelligence et d'action, si par chance leur maigre éducation leur a permis de développer ce potentiel. Et je pourrais continuer longtemps la liste du gâchis humain qui s'étale sous nos yeux…
Nous ne sommes que peu de choses, en tant que travailleurs humanitaires, face à l'immensité de la tâche. La majorité des efforts de développement sont issus des Afghans eux-mêmes; le rôle des expats est au mieux un rôle de catalyseur. Et sans doute ceux qui travaillent dans l'éducation ont-ils le plus de mérite: ce sont eux qui fertilisent les cerveaux pour l'avenir, où de pauvres bougres comme moi ont la chance de semer quelque savoir.

D'ailleurs, nous venons de terminer (enfin) une formation sur les coprocultures pour les labos de bactério. Ca faisait des mois que j'attendais de pouvoir la faire et nous y voilà! Ca se passe assez bien sur la partie théorique; j'attends encore devoir ce que ça va donner pendant les travaux pratiques. Mais ils sont assez intéressés, et nombreux à y assister: en plus des techniciens de "mes" deux hôpitaux à Kabul, une bonne quinzaine de techniciens d'autres labos de Kabul sont présents. C'est chouette!
Au niveau vie quotidienne, rien de bien neuf. Il commence tout doucement à faire bien caillant le soir, qui tombe de plus en plus tôt (pas d'heure d'hiver ici). Boulot-tacot-dodo la semaine, picole le jeudi, sport le vendredi et couture le samedi. Eh oui, parmi mes petites "consultations" médicales pour expats, à côté des diarrhées, conseils de grossesse, prise en charge psy (merci Philou), et autres syndromes de Raynaud (merci Nanouk), je commence une spécialisation en boucherie –je veux dire, chirurgie- de la main: trois en un mois, qui dit mieux? Faut dire que l'équipe du Geres forme une patientèle fidèle et sympathique, avec anesthésie à coup de whisky et Cosmo spécial sexe (très bien pour distraire le patient quand il s'agit d'enfoncer une aiguille à moitié molle dans une paume sans porte-aiguille), en plus de la lidocaïne, je suis pas un tortionnaire, tout de même.

Cette bande de crabe vient d'ouvrir une salle de muscu dans la cave de leur bureau… Personne n'a un bon vade mecum des accidents de salle de sport?: je m'attends au pire. Surtout que je me suis mis à fréquenter ledit lieu… Qui l'eût cru? Moi, faire de la muscu… Et si! Je suis tellement en manque de sport et même, en manque de mouvement tout court (on ne peut toujours pas se balader en rue), que je suis prêt à tout. Et le football/rugby/footing du vendredi ne suffit plus… même quand il est renforcé d'une ou deux séances de squash en semaine!!

Ne vous attendez quand même pas à me voir revenir avec une carrure de Conan le Barbare, je suis allé que deux fois au Geres Fitness Centre jusqu'ici…
Bon, ce manque de mouvement fait que je n'ai pas des milliers d'anecdotes à vous raconter sur la vie afghane elle-même. C'est un peu dommage de vivre dans un pays sans pouvoir découvrir sa culture en profondeur, mais c'est comme ça. Mais comme vous pouvez l'avoir lu, mon moral est toujours au beau fixe et j'adore ce que je fais!
Je vous embrasse tous bien fort,
Th
1 commentaire:
Merci pour ces nouvelles de ta vie...ça fait toujours plaisir d'en avoir et joyeuses fêtes!! Mélissa:)
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