Bonjour tout le monde,
Parce que plusieurs d'entre vous se demandent ce que je fabrique en Afgha et pour éviter que vous croyiez que je passe mon temps à faire du tourisme, à jouer au foot et à me prélasser dans le hamac, il faut que je vous parle un peu boulot.
Mon travail ici consiste surtout à mettre en place la bactériologie dans les laboratoires des deux hôpitaux universitaires de Kabul. Nous travaillons en partenariat avec l'université de Lyon et l'ambassade de France à Kabul.Ma prédécesseur a mis en place le diagnostic bactériologique des infections urinaires et la première étape de mon job est de mettre en place la même chose pour les diarrhées bactériennes (coprocultures et associés). Il faut aussi améliorer les autres secteurs du laboratoire, la biochimie et l'hématologie, et puis sensibiliser les techniciens à l'hygiène, superviser les activités qui sont en place, dispenser des conseils, rectifier le tir quand c'est nécessaire, etc. C'est déjà pas mal, d'autant plus que dans un pays comme l'Afgha, peu de choses se déroulent comme prévu. L'approvisionnement en matos et réactifs, entre autres, est souvent foireux: recevoir un colis tient du parcours du combattant (à côté de ça, le magasin central à Woluwé, c'est du 5 étoiles) et les réactifs sont aussi peu faciles à trouver que fiables.
J'appuie aussi l'AMI sur leur programme de santé basique dans 3 provinces d'Afgha, soit pour moi en pratique, une trentaine de labos dont j'ai en charge la supervision technique. La semaine dernière, j'ai passé 4 jours sur le terrain dans la province de Samangan, dans le Nord.
Et puis, comme il y a pas beaucoup de médicaux expats sur la mission (d'ailleurs je suis le seul médecin expat AMI en Afgha; heureusement que les médecins afghans qui bossent pour l'AMI sont hyper efficaces), on me demande parfois des petits conseils médicaux et je soigne les bobos des collègues (amibiase, infection urinaire, péricardite, abcès et autres joyeusetés – Merci à Tony pour ses conseils de médecin généraliste avisé par correspondance). Ça me fait tout bizarre de me remettre à soigner des gens après 3 ans passés dans les labos!
Tout ce travail pratique est bien évidemment agrémenté d'une solide dose de travail administratif, indispensable dans une ONG, pour communiquer à l'intérieur d'une équipe qui change souvent, pour informer les partenaires en France, et pour justifier notre travail vis-à-vis des bailleurs.
En gros, je ne me tourne pas les pouces! Le premier mois, j'ai surtout récupéré les activités en cours, rencontré les partenaires -entrevues et salamaleks à gogo-, bref j'ai cherché et trouvé mes marques. Ces derniers temps, c'est le protocole d'analyse des coprocultures et la préparation de la visite éclair des partenaires de l'université de Lyon qui m'ont beaucoup occupés. Et puis ces derniers jours, vous avez peut-être appris que le roi Zaher Shah vient de passer l'arme à gauche. Là-dessus, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national. Ça nous a bien ralenti dans ce qu'on devait faire: là-dessus les formations et entrevues qu'on avait prévues avec les visiteurs de Lyon tombent à l'eau. D'un côté, ça me permet de relâcher un peu la pression, mais d'un autre côté, ça ne fait que retarder les activités qui auraient dues être réglées avant le départ des Lyonnais.
Sinon, la vie à Kabul est pour l'instant assez tranquille. Au niveau sécurité, ça se stabilise... C'est pas non plus un club de vacances, mais pas de gros stress dernièrement...
Ça va vous paraître bizarre, mais la capture des Allemands et des Sud Coréens nous a assez peu affectés étant donné que les conditions dans lesquelles ils ont été enlevés n'ont rien de commun avec nos propres activités. Et puis, on espère que les tensions vont se relâcher suite aux évènements au Pakistan, qui devraient détourner l'attention des méchants Talibans et laisser la possibilité aux forces gouvernementales et internationales d'asseoir leurs positions dans le Sud et dans l'Est.
Kabul en soi ressemble à beaucoup de villes en pays en voie de développement. Petites nuances ici: les buildings commerciaux et autres wedding-halls style pakistanais -tape à l'oeil avec plein de vitres aux reflets métallisés, c'est kitsch-, le peu de femmes dans les rues et la poussière particulièrement présente.
On sent par ailleurs que c'est un pays qui cherche à se reconstruire. Les fonds et autres dons en provenance de l'étranger affluent, alimentant parfois la corruption mais provoquant parfois d'étranges situations plutôt cocasses. Par exemple, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir dans la bibliothèque de l'hôpital d'Ali Abad –un des deux hôpitaux dans lequel je travaille- un don de livres en provenance de Californie dont le moins qu'on puisse dire est qu'il n'était pas toujours adapté à un hôpital et où les redondances sont foisons. Citons, entre autres, onze exemplaires d'"Anatomy and Physiology" –tous intacts, vu que personne ne met jamais les pieds dans cette bibliothèque-, neuf de "Introduction to Psychology", quinze de "Physical science" et même deux de "Life of North American birds" et quatre de "North American recipes"!!!
Et pour ceux qui s'inquiètent pour mon alcoolémie, qu'ils se rassurent, il n'y a pas que d'étranges mariages au rayon activités vespérales et on s'éthylise régulièrement le we. Ce jeudi soir, particulièrement, on a battu des records. Ça a commencé par une histoire belge: on a fêté le 21 juillet (fête nationale belge) cinq jours en retard parce que, comme l'a si bien dit Pieter, notre fier représentant diplomatique à Kabul, les soldats du contingent belge en Afgha avaient déjà bloqué la date et leur pouvoir de persuasion est plus important que le sien. Ce fut l'occasion pour moi de renouer des liens avec Jupiler, Leffe, Hoegarden, mais aussi fromages flamands, jambon d'Ardennes et Pierre Marcolini!! Ce fut l'occasion surtout pour les compatriotes d'exprimer leur belgitude, Pieter en premier lieu puisque, plutôt que passer sa soirée à tenir le crachoir à des diplomates de tous poils, il a préféré jouer du synthé avec son petit groupe de musique de Kabul. Après avoir vidé le bar tant qu'on pouvait, on est rentrés à la maison, où on avait organisé une soirée pour le départ d'Annabel, une collègue d'AMI. Thème: "Jungle". J'avais fait faire une chemise à fleurs bien flash juste pour l'occasion. Il y avait bien une centaine d'invités. Le groupe de musique de Pieter, Alex et co. (+guest diva Annabel) a joué quelques bons morceaux avant que le voisin n'exprime son aversion pour la musique occidentale. Il avait pourtant fière allure, notre représentant diplomatique pianiste avec son boa à plumes vert!! Après le petit concert, cela ne vous surprendra sans doute pas, on a dansé, bu et chanté toute la nuit. C'est peut-être pas la même ambiance qu'à un cochon à la broche chez Vincent, mais ça vaut son pesant de délire quand même!!! Le plus difficile est d'être obligé d'ingurgiter de la bière australienne, française ou pire, allemande… voire du whisky qui a à peu près le même goût que la vodka. Heureusement que jeudi Pieter avait ramené un casier de Leffe brune, du bonheur!! Moralité: profitez bien de ces soirées où la bonne bière belge et l'alcool de qualité coulent à gogo, parce que la bonne picole, c'est comme le papier cul: c'est quand tu en as plus que tu es emmerdé!!!!!
Et puis, mes rayons de soleil à moi, ce sont vos joies à vous, vos innombrables courriels, vos récits d'aventures -les coups de gueule et les coups de cœur de Babeth au Yémen, l'équipée d'Armelle autour du Mont Blanc, les tribulations d'Audrey et Geoffrey en Thaïlande, les anecdotes de Sophie et Philippe à Mayotte, les updates des rôlistes, les rencontres au sommet des ITGistes et affiliés qui sont en Europe et les récits solitaires de ceux qui sont en mission- et les exceptionnelles nouvelles comme les naissances de Timée, de Joachim, de la gamine de Cricri, de Maiwen, celle à venir de Kévin-Edouard, ou encore le mariage d'Eleonora et Luca!
Que du bonheur!
Bizzzzzzzzz,
Th
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
1 commentaire:
bon, alors c'est vrai...toi, tu travailles aussi...ciao ciao, luca
Enregistrer un commentaire