Eh oui, malgré les assassinats atroces en RDC et les attentats
aveugles en Afgha, les Kabuli continuent à vivre, à croquer dans la
joie à leur façon, non pas comme si de rien n'était, mais avec
sincérité tout de même. L'autre jour, le lendemain à peine de
l'attentat contre un bus de policiers qui a fait 32 morts -si ma
mémoire est bonne-, j'ai été invité au mariage du frère d'un des
techniciens de laboratoire de Kabul. Autant dire que un parfait
inconnu pour moi, mais ça ne choque personne ici: quand on invite
pour une noce, on reçoit au moins qques centaines de convives. Dans
des gigantesques salles décorées d'un goût plus que douteux, les
femmes étant soigneusement séparées des hommes par un grand paravent.
Du grand kitsch, en tout cas! Au plafond, de grands lustres en
plastique doré diffusant une lumière rouge se disputent avec des
néons verts; aux murs, un peintre d'un courant artistique très local
a représenté un vallée montagnarde d'où une nuée d'oiseaux figurés
par de simples V prend son envol et, près de la porte, une femme qui
danse près d'une bougie, dans des teintes sepia -image romantique, je
suppose; les chaises, dépareillées et parfois mal ajustées à la
hauteur de la table, sont couvertes de housses d'un blanc maculé par
les prédécesseurs et dont l'effilochage s'assortit bien avec les
nappes, à peine surfilées mais surtout couvertes, à l'heure du repas,
de feuilles en plastique jaune transparent, bien utile lorsque les
garçons de salle y jettent en vrac les plats -repas et desserts en
même temps- et une pile d'assiettes et de couverts. Servez-vous et
n'ayez pas peur d'en foutre partout, on a l'habitude!
Mes voisins de table n'arrêtaient pas de me reservir -trop gentil, je
venais de manger un bout- et j'ai cru que j'allais vomir lorsque mon
collègue a insisté pour que je goûte de cette gélatine rose bonbon et
insipide qui s'agitait depuis le début du repas devant mes yeux se
demandant si la chose était vivante. Heureusement, ces gens ont le
bon goût de vous faire passer au salon pour la digestion, où certains
fument mais où l'on ne trouve pas de cendrier. L'attention des
convives n'est pas là, mais plutôt sur l'écran géant qui diffuse le
dernier épisode de la série télé culte kabouli, des "feux de l'amour"
indiens doublés en dari par des acteurs improvisés. Le Dr Malhyar,
mon collègue afghan, me laisse poireauter pendant sa prière vespérale
et je me met à scruter les autres invités. Le grand show!: ça va du
costume trois pièces au t-shirt de foot rouge-casquette militaire, en
passant par la traditionnelle shawar kamiz. Folklorique!
Enfin, on remonte pour le thé et la soirée dansante. On s'attable
pendant qu'un petit groupe de musique joue des rythmes locaux
bizarrement assaisonnés à la sauce électro. Le bassiste a franchement
l'air de se faire chier en écoutant son chanteur faire une
démonstration de la variété de sons étranges que son synthétiseur est
capable d'émettre, pendant que le batteur fait monter les enchères du
mauvais goût en abusant des effets spéciaux de sa batterie
électrique. Du pur bonheur! Quelques tables mises de côté délimitent
la piste de danse où quelques jeunes exhibent leurs talents en
rigolant pendant que l'assemblée frappe des mains en rythme. Ils sont
tout de même doués, les bougres! C'est même très joli... Je
n'arriverais pas à leur cheville et crains qu'on ne m'invite à les
rejoindre, ce qui ne se fait pas attendre bien entendu. La réticence
de mes collègues à s'y lancer eux-même me fait hésiter: je ne tiens
pas à mettre en péril mon semblant d'autorité en me ridiculisant à
côté de ces fiers danseurs. Pour finir, aucun d'entre nous ne dansera
et sur le coup de 22h30, on met les bouts. Je n'aurai pas eu
l'occasion de féliciter le marié, encore moins la mariée bien-sûr. Je
ne les ai pas vus du tout, d'ailleurs. Pas vu de femme, non plus.
Bref, le plus étrange mariage auquel il m'ait été donné l'occasion
d'assister et certainement une expérience culturelle aussi riche que
le repas qu'on y a servi!!!
Bizzzzzzzzzz,
Th
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire