Très chouette interview de Brauman sur Causeur.
Bonne lecture,
Th
http://www.causeur.fr/rony-brauman
Les responsables de l’Arche de Zoé sont les héritiers maladroits et zélés de Kouchner
Rony Brauman, né à Jérusalem en 1950, est médecin, diplômé en épidémiologie et médecine tropicale. Après avoir travaillé plusieurs années comme médecin sur le terrain, il est devenu président de MSF en 1982 et a occupé ce poste jusqu’en 1994. Il est actuellement directeur de recherches à la Fondation Médecins Sans Frontières et professeur associé à l’IEP Paris. Il est chroniqueur pour le magazine trimestriel Alternatives Internationales. Ses principales publications Eloge de la désobéissance (avec Eyal Sivan), Le Pommier-Fayard, 1999, édition Poche-Pommier, 2006, Penser dans l’urgence, (entretiens avec Catherine Portevin), Le Seuil, 2006, La Discorde. Israël-Palestine, les Juifs, la France, (avec Alain Finkielkraut, conversations avec Elisabeth Lévy), Mille et Une Nuits, 2006 et Aider, sauver, pourquoi, comment ? Petite conférence sur l’humanitaire, Bayard, 2006.
“Quand les caméras seront parties, il ne restera que la misère” : pendant les “semaines de la compassion” qui ont suivi le Tsunami en décembre 2004, vous avez été atterré par cette phrase, prononcée par un journaliste ou un autre professionnel du bon sentiment. L’affaire de l’Arche de Zoé est-elle l’aboutissement logique de l’évolution de l’humanitaire ?
A la faveur de circonstances particulières, le langage humanitaire a pu arriver jusqu’à ce point de folie. Mais, effectivement, ce langage-là, on l’a déjà entendu en d’autres moments, et notamment après le tsunami en Asie du sud-est. On disait alors que des milliers d’orphelins erraient dans les rues, risquant de devenir les proies de rackets pédophiles. Et déjà, des initiatives avaient été lancées en vue de favoriser les adoptions. Heureusement, tout cela avait rapidement tourné court. Mais l’état d’esprit, le cadre, la matrice étaient là. Je pense aussi à un épisode de la guerre en Bosnie : une ONG avait décidé d’amener en France mille enfants bosniaques pour qu’ils passent un hiver à l’abri des bombes. Avec d’autres, notamment les gens de Handicap International, j’avais pris position contre ce projet totalement stupide. Sans succès. En réalité, ces enfants n’étaient pas sous les bombes et surtout, le traumatisme de l’arrachement à la famille et l’angoisse de l’abandon étaient plus violents que le maintien sur place, même dans une situation si dure que la guerre de Bosnie. Bien entendu, nous étions passés pour de mauvais coucheurs qui n’aiment pas les enfants et se fichent de les laisser sous les bombes. Autre exemple, au début des années 90 : des familles en attente d’adoption se sont précipitées en Roumanie après la chute de Ceausescu pour y adopter des enfants placés dans des orphelinats, mais qui n’étaient pas nécessairement des orphelins. C’était un véritable marché aux enfants, choisis par certains en fonction de l’âge, la taille la couleur des yeux. On a même vu des parents ramener des enfants après quelques semaines, parce que quelque chose n’allait pas. Il y avait en quelque sorte un défaut de fabrication. Ils réclamaient le service après-vente. Avec les cas de ce type, on est dans la marchandisation humanitaire intégrale. Tout cela pour dire que l’Arche de Zoé ne sort pas de nulle part et que l’aspect adoption y est important. D’ailleurs, le Congo a décidé d’interdire les adoptions internationales à la suite de cette affaire.
Tous ces cas, le tsunami, les épisodes bosniaque ou roumain que vous mentionnez ou l’Arche de Zoé mettent en jeu deux vaches sacrées de l’époque : l’humanitaire et l’enfance. L’humanitaire se préoccupe des victimes et l’enfant, en quelque sorte, est la victime idéale puisqu’il est innocent (ou a de grandes chances de l’être).
L’idée que, dans une situation de crise, quelles qu’en soient l’origine et la nature, il y a des enfants menacés qu’il faut sortir de là, s’accorde naturellement avec la frénésie d’adoption que l’on sent dans nos sociétés – et je ne prétends pas la juger. L’Arche de Zoé n’a donc eu aucun mal à rassembler un large groupe de familles en jouant sur l’ambiguïté d’un accueil qui pouvait se transformer ultérieurement en adoption. Ses dirigeants n’ont eu qu’à intervenir sur des forums de parents adoptants. Toute leur opération reposait sur la conviction qu’arracher un enfant à l’horreur du quotidien dans lequel il vit, c’est lui donner le bonheur et la sécurité. Or cette horreur n’est pas si évidente que cela et une telle affirmation est la porte ouverte aux abus de toute sorte. On le voit aussi en France quand les familles les plus vulnérables se voient systématiquement retirer leurs enfants par l’assistance sociale. Il existe un continuum entre toute ces formes de protection de l’enfance par des familles, des gens, des institutions qui veulent être à tout prix les protecteurs de l’enfance, y compris au détriment des enfants eux-mêmes.
En somme, dans les zones de guerre ou de crise, et notamment dans ce no man’s land imaginaire qu’est l’Afrique, tout enfant est un orphelin ou un malheureux en sursis. Et en Occident, l’enfant est un droit de l’homme.
Oui. Tout se passe comme si ne pas avoir d’enfant constituait un déni de droit. L’enfant est un bonheur auquel chacun a droit. Notre président ne vient-il pas de rappeler que chacun a droit au bonheur ?
La sacralisation de l’enfance n’est pas la seule dimension du dévoiement de l’action humanitaire. Le sentimentalisme et le sensationnalisme semblent prendre le pas sur toute réflexion. Ce n’est pas un hasard si vous avez nommément mis en cause Bernard Kouchner, qui est sans doute l’un des acteurs de cette dérive.
Cette affaire révèle en effet une certaine conception de l’action humanitaire, faite de coups médiatiques qui se donnent comme des symboles, sur fond de dramatisation systématique destinée à rehausser la noblesse du sauvetage. Ce qui a pour effet de créer un droit, voire un devoir, de violer les normes et les lois. Face à la « toute-faiblesse », absolue et radicale, des gens dont le destin immédiat est d’être tués, on s’érige en position de toute-puissance. Quand on est face à l’intolérable, tout est permis, y compris le mensonge, le trucage. C’est bien pourquoi la différence entre une action symbolique et un bluff est très mince.
Peut-être. Mais dans la pratique, aujourd’hui, l’humanitaire n’en est pas moins une politique des victimes.
Oui, et c’est sa raison d’être, que je serai le dernier à remettre en cause. Je trouve par exemple que les humanitaires peuvent s’enorgueillir de ce qu’ils ont fait au Darfour ces dernières années. Mais ça ne veut pas dire que se réclamer des victimes peut fonder une politique. Je rejoins ici la critique implicite contenue dans votre remarque en ajoutant que le discours humanitaire se confond trop souvent avec une rhétorique victimaire dont les principaux ressorts sont la culpabilisation des uns et l’héroïsation des autres. Les victimes et leurs “sauveteurs” sont des héros, les autres sont des salauds. Cette simplification avantageuse est une tentation mais pas une nécessité structurelle. On pourrait faire sans – et je dirais même qu’on devrait faire sans. L’humanitaire n’a pas besoin de cette rhétorique de cow boy pour être cohérent et actif. Il est vrai que c’est plus facile. C’est l’époque qui le veut. Vous n’avez qu’à observer à quel point ce discours victimaire est répandu.
N’est-ce pas particulièrement français ?
Ce qui est spécifique à la France est l’émergence d’une forme d’action humanitaire qui fait du symbole son aliment préféré et fonctionne par coups : Famine au Niger ? On envoie un avion chargé de quelques tonnes de farine. Guerre au Liberia ou au Liban ? Ce sera un bateau, et ainsi de suite…
Qu’est-ce qu’une action qui fait du symbole son aliment préféré ? Voulez-vous dire qu’on ne s’interroge pas sur l’adéquation des moyens et des fins ?
Je veux parler d’une forme d’action qui vise d’abord à alerter et qui se traduit par la fabrication d’un spectacle édifiant. Avec l’Arche de Zoé, c’est bien de cela qu’il s’agissait : ils ont d’abord prétendu ramener des milliers d’enfants en Europe, puis 300 enfants en France, et finalement, ils étaient prêts à “se contenter” de 100 enfants. L’essentiel était de frapper les imaginations. Leur projet était d’atterrir à Reims, sur un petit aéroport en rase campagne, où ils auraient été attendus par des centaines de sympathisants mais aussi par des gendarmes – car de leurs propres dires, ils s’attendaient à être mis en garde à vue en France. Les familles et leurs amis se seraient dressés entre les enfants et les gendarmes. Un journaliste de l’Union de Reims qui était sur les lieux le jour prévu pour leur arrivée a raconté qu’il y avait à peu près 200 familles équipées de tentes, venues de la région, mais aussi de Suisse, de Belgique et même du Canada. La scène aurait été grandiose : rien de moins qu’un duel entre la générosité et l’arbitraire. On aurait assisté à l’affrontement canonique de bons et des méchants, de la raison d’Etat et de la morale, d’Antigone et de Créon. Quand je vous disais qu’entre le symbole et le bluff, bien malin qui fait la différence…
Et c’est ce spectacle que nous offrent depuis des années un certain nombre de “stars” de l’humanitaire, à commencer par Bernard Kouchner ?
Depuis l’opération “Île de Lumière” jusqu’à aujourd’hui, en passant par les sacs de riz en Somalie, Bernard Kouchner est le principal tenant de cette forme d’action.
L’”Île de Lumière”, c’est ce bateau qui, en 1979, a recueilli des boat-people ? Pouvez-vous nous rappeler les tenants et les aboutissants de l’opération ?
Il s’agissait d’un cargo affrété à l’initiative d’intellectuels français (Olivier Todd, Claudie et Jacques Broyelle, André Glucksmann, Bernard Kouchner notamment), pour recueillir en mer de Chine les Vietnamiens qui fuyaient leur pays par la mer. Tout avait commencé avec un navire (le “Haï Hong”) arrivé sur la côte de Malaisie en novembre 1978 avec près de 2500 réfugiés à bord et que les autorités de ce pays menaçaient de renvoyer en mer. Des reportages télé avaient fait du Haï Hong un nouvel Exodus, dans un contexte où le Vietnam était devenu le symbole de l’oppression totalitaire soviétique après avoir été celui du triomphe d’un peuple contre l’impérialisme américain. D’innombrables bateaux de “boat people” ont été attaqués par des pirates. On estime que des dizaines de milliers de Vietnamiens se sont noyés lors de la traversée de la mer de Chine.
A l’époque, André Glucksmann avait parlé d’”Auschwitz liquide”… Un peu plus tard, après une livraison de vivres à Phnom Penh, Kouchner avait déclaré : “J’ai remonté le Mékong jusqu’à Auschwitz.” Le décor était planté, les thèmes installés : la machine de mort, le génocide d’un côté, les éveilleurs de conscience de l’autre. Je ne prétends pas que toute action visant à frapper les esprits soit condamnable en soi, loin de là. De là à en faire un système, il y a un pas que je ne franchis pas.
L’Île de Lumière, c’est en quelque sorte la scène inaugurale, l’acte de naissance des French Doctors. Eric Breteau et ses camarades sont-ils des héritiers de Kouchner ?
L’ïle de Lumière est plutôt une deuxième scène, la première étant la guerre du Biafra. C’est là, en 1968-69, qu’apparaît le thème du génocide et de la mobilisation de l’opinion publique pour empêcher un nouvel Auschwitz. Il n’y avait pas plus de génocide au Biafra qu’au Vietnam mais c’est cette référence – avec tous les leviers d’intimidation morale et de mobilisation compassionnelle qu’elle implique – qui a été alors mobilisée. La victime d’un génocide est la “victime absolue” : toute interrogation autre que celle portant sur les moyens d’un sauvetage immédiat est disqualifiée d’avance. Tout effort de compréhension politique de la situation est stigmatisé comme coupable complaisance envers le mal absolu.
Cette scène inaugurale n’a cessé de se répéter et les responsables de l’Arche de Zoé sont les héritiers maladroits et zélés de Kouchner. En ce sens, ils font partie de la famille humanitaire. Je ne suis pas d’accord avec cette branche-là, mais je ne leur conteste pas leur appartenance. Je sais bien qu’il n’est pas facile d’accepter que l’humanitaire soit divisé par des conceptions différentes, alors même qu’il est censé être le terrain par excellence du consensus : quelqu’un se noie, on plonge pour le sortir de l’eau, et baste ! tout est dit, il n’y a pas matière à discuter. Eh bien si, justement, il y a amplement matière, comme vient le rappeler une fois de plus cette affaire.
Sans doute faudrait-il aussi évoquer le rôle des médias, en particulier dans le grotesque déploiement orchestré après le tsunami. Passons. L’équipée de l’Arche de Zoé s’inscrit dans un contexte idéologique dont vous avez analysé l’origine. Mais il n’est pas impossible que l’association ait bénéficié d’un soutien plus direct du ministre des Affaires étrangères.
On n’a aucune certitude. Il est possible que les cabinets de Kouchner et de Rama Yade aient, il y a plusieurs mois de cela, apporté leur soutien à l’opération avant de comprendre qu’il y avait péril en la demeure. Kouchner s’est activement associé à la campagne de dénonciation du génocide du Darfour et des “tergiversations diplomatiques” qui rendaient pensable et nécessaire une opération coup de poing. La logique de cette position impliquait d’aider les gens qui agissaient concrètement pour arracher des enfants à la mort et réveiller le monde. Il faut revenir un instant sur la représentation dominante du Darfour depuis quelques années, en particulier pendant la campagne électorale, avec ce meeting à la Mutualité où pratiquement tous les candidats ou leurs représentants les plus proches ont défilé pour dénoncer le génocide, l’inaction des grandes puissances, et appeler à une réaction internationale, à une intervention… Eric Breteau les a pris au mot.
C’était un “remake” de la Bosnie…
La même pièce, jouée, à peu de choses près, par les mêmes acteurs…
Certaines crises sont érigées en symbole – avec, en général, convocation d’Auschwitz et proclamations pieuses que “plus jamais ça”. Aujourd’hui, c’est le Darfour. C’est pour sauver des enfants du Darfour que nos Pieds Nickelés se sont retrouvés dans des prisons tchadiennes. C’est le Darfour que le Pape Benoît XVI a mentionné dans son message urbi et orbi. Et on a assisté à une intense activité médiatico-humanitaire avec Urgence Darfour, BHL, Kouchner et un grand nombre d’intellos et de politiques. Peut-être qu’il y a de la mise en scène mais la tragédie, elle, n’est pas mise en scène.
Le Darfour est l’une des crises les plus graves qui sévissent aujourd’hui, mais il y en a d’autres. Au Congo, pays limitrophe, la mortalité est dix fois supérieure. On parle de 3 millions à 3,5 millions de morts entre 1997 et 2002. L’implication de la communauté internationale y est d’ailleurs très importante même si elle n’est ni médiatique ni intellectuelle. Mais revenons au Darfour et au discours dominant à ce sujet. BHL, Kouchner, Urgence Darfour parlaient de l’extermination des “noirs” du Darfour par l’armée soudanaise et les milices “arabes”, plus de 400 000 morts depuis quatre ans, à coup de massacres systématiques de civils. Arabes islamofascistes contre noirs laïcs, esprit munichois devant le premier génocide du XXIe siècle, voilà ce qui était dénoncé par les gens que vous citez. Ces représentations mensongères de la situation ont eu pour conséquence des décisions et des actions totalement inadaptées.
Il est vrai qu’un guerre dévastatrice, dont le sommet de violence a été atteint au cours des 18 premiers mois, en 2003-2004, a lieu au Darfour, faisant près de 200000 morts (un tiers par violence directe, et la majorité par les conséquences indirectes : maladies, épuisement, dénutrition), et 2,5 millions de personnes déplacées et réfugiées. Le régime militaro-affairiste de Khartoum en porte l’entière responsabilité. L’opposition darfourienne à ce gouvernement avait d’excellentes raisons de prendre les armes et la répression de l’insurrection de février 2003, à l’origine de cette guerre, a été extrêmement violente, disproportionnée. Je signale au passage qu’elle emprunte largement, sur le plan opérationnel, aux techniques de contre-insurrection impériales employés à Madagascar, en Algérie ou au Vietnam. Quoiqu’il en soit, depuis près de trois ans, l’intensité de la guerre a considérablement baissé, se réduisant à des attaques ponctuelles, parfois meurtrières mais espacées et à des escarmouches mettant aux prises des groupes souvent difficiles à identifier. Sans doute l’objectif de vider de vastes espaces pour y installer des populations supposées plus dociles a-t-il été partiellement atteint. Toujours est-il que le régime de violence est profondément différent de ce qu’il était en 2004. En baissant d’intensité, la violence s’est disséminée, les groupes armés se sont fragmentés. Des milices villageoises se sont constituées, les différends autrefois réglés par la négociation sont aujourd’hui tranchés à coups de Kalachnikoff. Les groupes rebelles, soutenus par le Tchad, sont très divisés mais actifs. On y trouve aussi des milices arabes et des combattants islamistes (le JEM de Hassan el Tourabi) aux côtés de mouvements darfouriens plutôt laïcs. Les camps de personnes déplacées sont des lieux d’intense activité politique, et pas seulement des regroupements de victimes subissant passivement les assauts de hordes fanatisées. Ces oppositions simplistes infra-politiques – arabes/noirs, islamofascistes/musulmans modérés, bourreaux/victimes – ne résistent pas à l’examen. Pas plus que le tableau de violences apocalyptiques qui lui sert de toile de fond.
Que répondez-vous à ceux qui disent qu’on ne peut pas ne rien faire et se croiser les bras ? Après tout, cela fait sens, non ?
Votre question soulève un point capital. Car la représentation de la réponse à la crise est tout aussi fallacieuse que la représentation de la crise elle-même. Vous-même avez le sentiment qu’on ne fait rien. C’est faux. Le conflit du Darfour est l’objet d’un grand investissement diplomatique, gouvernemental, inter-gouvernemental et onusien. Résolutions de l’ONU, décision d’envoyer des casques bleus, voyages de diplomates, pressions sur Khartoum, menaces de sanctions financières, le tout assorti d’un déploiement humanitaire d’une ampleur et d’une efficacité inédites : la mobilisation internationale dans ce domaine est sans précédent dans l’histoire et a permis de sauver des dizaines de milliers de vies. Ce n’est tout de même pas rien ! Or, tout cela est présenté comme une agitation stérile destinée à servir d’alibi et à laisser de côté les véritables enjeux. En d’autres termes, on transforme un problème en scandale. On explique que cette crise pourrait être réglée par une intervention armée d’interposition, qu’il existe donc une solution immédiate pour mettre un terme à l’horreur mais qu’on refuse de la mettre en œuvre.
On ne sait pas très bien qui est ce “on”, le pouvoir en général sans doute. Mais en tout cas, ce “on” nous refait le coup de Munich.
Exactement. Tout cela ne serait qu’une question de courage politique. Il y avait une solution à l’époque, il y avait une solution au Kosovo, il y avait une solution pour l’Irak, il y a une solution au Darfour : il suffisait, et il suffit toujours d’envoyer la troupe. L’expérience abondante des interventions armées diverses de ces 17 dernières années, depuis la première guerre du Golfe, permet de mieux comprendre les conditions et les limites des succès dans ce domaine. Sans entrer dans le détail, je crois pouvoir dire que toutes les conditions de l’échec d’une force d’imposition de la paix (de type Restore Hope en Somalie en 1992-94) sont réunies au Darfour. Une telle intervention n’est plus à l’ordre du jour, je le précise. Mais les membres de l’Arche de Zoé qui sont aujourd’hui en prison pour plusieurs années sont les victimes collatérales de nos mobilisateurs d’opinion.
Vous avez un jour traité BHL de “néo tiers-mondiste”. Est-ce sous ce signe que vous placez l’ingérence humanitaire ?
J’entends par tiers-mondiste les discours qui conjuguent idéologie victimaire et rhétorique accusatoire. Je suis frappé de constater qu’un certain discours néo-conservateur, celui de la revue Le Meilleur des Mondes notamment, s’est approprié la forme argumentaire tiers-mondiste des années 80. L’”islamofascisme” y tient la place du capitalisme mais j’y retrouve le même dolorisme et la même conviction occidentalo-centrée que la solution du problème est entre nos mains.Selon les tenants de l’ingérence humanitaire, dont BHL se décrit maintenant comme le théoricien, il revient en somme à une avant-garde éclairée de faire advenir un ordre juste par la violence (tous ces intellectuels ont gardé une fibre léniniste). Dans certaines conditions seulement, certes, mais on discerne mal les critères de choix. Toujours est-il que c’est bien de cela qu’il s’agissait pour le Darfour, et que cela, c’est une recette pour le chaos.
Quelle conclusion tirez-vous de l’affaire de l’Arche de Zoé ?
Il est urgent d’en finir avec la conception d’un humanitaire de coups et de symboles. L’action humanitaire mérite mieux que cette morale jetable et les effets de manche qui l’accompagnent.
Propos recueillis par Elisabeth Lévy et Gil Mihaely
mercredi 30 janvier 2008
lundi 28 janvier 2008
vendredi 25 janvier 2008
leaving soon...

...for Kebri Dehar, Ethiopia, 3 months with Médecins du Monde.
The Tropical Runny Noses' drummer will work in a project where the guitar player worked already. He was doctor Banana, will I be doctor Pineapple?...c'est dingue, mais le monde n'est pas aussi grand, parce-que moi, je travaillerai dans le meme petit coin ethiopien de Bernard.
As soon as possible I'll put the results of the Santa Claus contest on the "Gazette."
Ciao, Luca
vendredi 11 janvier 2008
Bonne année!!!!!
Sur le chemin du CNHU de Cotonou, j'ai eu l'honneur de rencontrer Monsieur le Père Noël!!!!! Il m'a chargé de vous dire que dans sa hotte il avait un paquet rempli de succès et de bonheur à remettre à toute la gang de l'IMT!! Incroyable non?
Je vous souhaite une merveilleuse année 2008 et que tous vos rêves se réalisent!!!
Pour moi ça roule, je suis au Bénin depuis 4 mois et encore pour 1 an voir plus si affinité!!!! Je travaille au service national de transfusion sanguine, c'est très interessant !On travaille principalement sur l'Assurance Qualité, on forme les recruteurs des donneurs et le personnel des structures de Transfusion ainsi que les étudiants en médecine et infirmiers en dernière année, on rédige les textes réglementaires (politique, plan directeur, bonnes pratiques, ......) et on cherche de nouveaux bailleurs de fond, et plus tout le reste. On a réalisé un court métrage et trois spots publicitaires pour la sensibilsation des populations, c'était vraiment chouette à faire. C'est la diversité du travail qui est vraiment intéressant dans se boulot!!!
Mon copain vient de me rejoindre il y a 2 semaines, il va rester 3 mois. Il a deja trouvé un boulot comme dessinateur industriel mais contrat local!!! on peut pas tt avoir ;-)
Hier c'était la fête du voudoun, j'ai rencontré le grand maître du voudoun dans le monde, il était bien sympa mais a mon avis faut pas trop l'ennuyer lui sinon qui sait ce qui peut t'arriver!! :-) Ici le voudoun est omniprésent et malheureusement il est parfois détourné par des charlatans. En tous cas si quelqu'un a besoin d'un petit sort faites moi signe ;-).
Ben voilà quelques nouvelles, j'espère vous lire bientôt et que de part le monde tout se passe bien pour tout le monde!!!!
Gros bisous,
Caro
jeudi 10 janvier 2008
Retard pour cause de poste défaillante
Le père Noël est en retard mais il est quand même venu en Angola... C'est qu'il fait chaud, il a donc dû troquer ses rennes non adaptées aux routes luandaises pour des "palancas negras" plus locales (ce sont des antilopes noires qu'on ne trouve qu'en angola, c'est d'ailleurs un des symboles du pays: petite leçon de zoologie).
Voici quelques nouvelles du périple angolais. Après 1 mois et demi de recherche de boulot, j'ai trouvé un travail tout à fait intéressant dans les favelas de Luanda (appelé ici musseque, ce qui veut dire "où il y a du sable"). A l'hôpital divinia providencia s'il vous plaît. Je travaille donc, avec un autre médecin, dans la section HIV (consult et hospit) où le sage apprentissage de l'IMT est bien utile.
L'hôpital est semi-public avec des fonds italiens (universitaire et mission catholique), Luca, j'ai suivi tes conseils... Il est bien équipé avec un beau labo, une bonne fourniture de médicaments en tout genre mais il manque cruellement de sang et nous n'avons pas de culture bactério (Thomas, je suis ton plus grand supporter). On peut cependant faire une médecine honnête malgré des décès par faute de moyens qui sont toujours vraiment difficiles à encaisser. C'est donc un boulot fort intéressant que le domaine du HIV, surtout quand on a des ARV à disposition.
Sinon pour me rendre à l'hôpital je fais 2-3 h de route tous les jours pour cause d'embouteillages (c'est terrifiant dans cette ville) et de routes dégradées, et les pluies arrivent seulement. Ces trajets permettent cependant d'approcher la vie réelle des musseques, le manque d'eau, les poubelles dans les ruisseaux, cette vie qui s'organise autour de 2 parpins et d'un bout de tôle. Mais vous connaissez aussi ces tristes situations à travers vos expériences. On sait pourquoi on travaille.
En ce qui concerne le pays, il est très beau, très vert avec de multiples rivières, des plages magnifiques et il commence à se reconstruire après 20 ans de guerre. Il est d'une richesse incroyable avec le pétrole, les diamants, la pêche, les cultures,... mais évidemment il y a toujours quelques gros bonnets que se trimballent en hummer (j'en ai jamais vu autant dans une ville) et qui bouffent tout l'argent du pays.
Nous profitons cependant de notre première aventure africaine en partant à la découverte de pays et de ses habitants.
Je ne peux m'empêcher de vous dire que j'ai réussi à trouver mon orval, souvenez vous de cette bière douce-amère que je comptais emmener sur une île déserte. Et bien elle se trouve ici à des prix défiants toute concurrence, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'en acheter une pour Noël! Chose importante, la bière locale est bonne (la Cuca), je ne suis pas perdu!
Voici donc quelques nouvelles de notre bout du monde à nous, j'espère que vous allez bien de votre côté. J'imagine qui neige au Canada et en Suisse, qu'il pleut en Belgique, qu'en France ça dépend d'où on se trouve, qu'en Espagne et en Italie il fait toujours beau, qu'en Asie, en Afrique, en Amérique, en Antartique et dans tous les pays, villes, continents, systèmes stellaires et galaxies en "ique" le temps est au beau fixe. Et puis bonne année aussi....
Didier
dimanche 6 janvier 2008
Titania's Christmas

It will be difficult, but if you look hard, you can see Santa Claus on the first picture on top of one of Como's mountains, orientating herself to get to Casa Girasole on the next picture, unfortunately getting lost in a sea of leaves of Lanzo d'Intelvi's forests - third picture. Santa Claus was finally rescued by a warmhearted family and taken safely to Casa Girasole where she recovered until the new year. These pictures do not apply for the contest, I realise, but just to show you that I spent wonderful holidays in Italy. I hope you all spent it well too and wish you all the very very best for 2008.
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