Chère blog,
il était longtemps que je ne t’ai plus écrit, heureusement mon dernier message est bien arrivé. Mais il était encore plus long que je ne pourrait pas vous lire, quelle plaisir pour rentrer dans le monde internet maintenant et vous trouver tous là. Clothilde, ta dernière lettre était touchant. Si tu veux savoir si la vie continue en RCA, oui. La situation reste encore toujours difficile : on a repris les cliniques mobiles sur quelques axes, mais pour prouver que c’était encore toujours la RCA, hier notre Coordinateur Général sur son visite au terrain et 2 autres collègues ont été volés tout par des coupeurs de route.
Je suis venu il y a trois mois pour faire des cliniques mobiles, mais à cause d’une permutation moi je suis resté dans l’hôpital de Batangafo, où j’ai déjà fait 10 semaines, le dernier temps comme seule médecin expat. Parfois c’est beaucoup de responsabilité pour quelqu’un avec un CV de deux pages : santé personnel, formations, décisions cliniques,…on apprend vite, mais on fait aussi des fautes. Heureusement je fait parti d’une très bonne équipe qui peut me corriger et vice versa.
Comme dit avant, j’ai déjà rencontré chaque chapitre du cours tropicale : morsure de serpents ou rage, palu ou pneumonie, filariose ou hépatite, lèpre ou paralysie flasque, coqueluche ou rougeole, schistosomes ou onchocercose, tuberculose ou malnutrition. Mais trypano, ça devient notre spécialité : avec permanent une vingtaine de patients stade II hospitalisés, et des cas speciaux : femme en grossesse : traiter ou non ? Bébé de 7 kg : traiter ou non ? Malnourri de 5 kg : traiter ou non ? On cherche la réponse chez les experts, c-à-d en Anvers. Et si je me manque de l’institut, je peux toujours aller au laboratoire pour voire les boîtes avec les testes CATT tenant le logo si familier.
Et il y a toujours et partout le phantôme Sida : on ne le voit pas (parce qu’on teste pas car on ne traite pas), mais c’est partout. Dans la pédiatrie, dans la maternité, ceux qui viennent pour mourir, ceux qui viennent pour donner le sang, et chez le personnel aussi. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’il y a un membre qui perd un frère, une épouse, un enfant : pas toujours le phantôme, mais souvent. Et cette semaine j’ai perdu un bon collègue et un grand ami, infirmier-consultant pour MSF à l’hôpital et alors patient à moi. Sarcome de Kaposi avancé, ou Sarkozy, comme disais par erreur notre chirurgien. Je lui ai dû laisser partir, à Bangui, et plus loin…
Mais les bonnes nouvelles c’est qu’il y a le volley et le foot chaque semaine pour se détendre, alors après une courte mais bonne semaine de vacances, je suis prêt à revoir mes patients et tous les autres habitants de l’hôpital : les chiens, les cochons de médecine, le coq de pédiatrie, les bœufs de consultation externe, les cabris du laboratoire.
bon travail à tous et toutes,
Paul
ps: photos-> http://afrikacentraal.blogspot.com
ps2: désolé pour les anglophones, mais après quatre mois de français avec un peu d'espagnol, c'est le plus logique, et votre sango n'est pas encore ça, non?